Pourquoi le transport de vos matières premières mérite votre attention
Pour de nombreuses entreprises industrielles, les principales émissions de gaz à effet de serre ne proviennent pas directement des bâtiments ou de l'électricité consommée sur site. Elles se trouvent souvent en amont : dans les matières premières achetées, chez les fournisseurs et dans le transport des marchandises.
Pourtant, ces flux sont rarement suivis de façon précise. Les données sont dispersées, les distances mal connues et les modes de transport peu documentés.
Comprendre l'impact du transport amont permet d'identifier des pistes d'amélioration concrètes : réduction des émissions, meilleure maîtrise des coûts logistiques et diminution de certains risques d'approvisionnement.
Le transport amont dans le bilan carbone
La comptabilité carbone répartit les émissions de gaz à effet de serre en trois périmètres. Le scope 1 couvre les émissions directes de l'entreprise, le scope 2 les émissions liées à l'énergie achetée, et le scope 3 les autres émissions indirectes : achats, matières premières, transport, usage et fin de vie des produits.
Le transport amont correspond à l'acheminement des biens et services achetés, depuis les fournisseurs jusqu'aux sites de l'entreprise. Il se situe à l'intersection des achats, de la logistique et de l'analyse carbone.
Repère : les émissions indirectes (scope 3) représentent très souvent la majeure partie de l'empreinte carbone. Les achats de matières premières sont souvent le premier poste, mais le transport associé peut également représenter une part importante des émissions.
Pourquoi ce poste reste mal mesuré
Dans la pratique, peu d'entreprises disposent d'une vision claire de leurs flux de transport amont.
Les informations sont souvent réparties entre les commandes, les fournisseurs, les transporteurs ou différents fichiers Excel. Certaines données n'existent pas ou ne sont pas remontées de manière exploitable.
Résultat : les émissions sont parfois estimées à partir des dépenses de transport plutôt qu'à partir des distances réellement parcourues, des tonnages transportés ou des modes utilisés. Cela donne une première approximation, mais limite la capacité à identifier les actions les plus pertinentes.
Quelles données collecter
Une analyse fiable repose d'abord sur des données physiques. Les informations les plus utiles sont généralement :
- les lieux de départ et d'arrivée : fournisseur, port, entrepôt, site de production ;
- les distances parcourues ;
- les modes de transport : routier, maritime, ferroviaire, aérien ;
- les tonnages transportés ;
- les fréquences d'expédition ;
- les transporteurs ou prestataires concernés.
Ces données existent souvent déjà, mais elles sont rarement regroupées au même endroit. Le premier travail consiste donc à les structurer et à vérifier leur niveau de fiabilité.
Comment calculer les émissions
Une fois les données réunies, les émissions sont calculées à partir de facteurs d'émission adaptés au mode de transport utilisé. Les référentiels comme la Base Carbone® de l'ADEME ou le GHG Protocol permettent d'encadrer ces calculs.
La qualité du résultat dépend directement de la qualité des données d'entrée. Une estimation basée sur une dépense annuelle donne un ordre de grandeur. Une analyse fondée sur les tonnes transportées, les distances et les modes de transport permet une lecture beaucoup plus utile pour décider.
Les actions possibles
L'objectif d'une analyse n'est pas seulement de calculer des émissions. Elle doit surtout permettre d'identifier où agir en priorité.
Selon les activités, plusieurs pistes peuvent être étudiées :
- améliorer le remplissage des camions ;
- limiter les transports urgents ou aériens ;
- regrouper certaines expéditions ;
- étudier des fournisseurs plus proches ;
- travailler avec les partenaires logistiques sur l'optimisation des flux ;
- analyser les possibilités de report modal lorsque les délais et les infrastructures le permettent.
Toutes les actions n'ont pas le même impact. L'enjeu consiste à concentrer les efforts sur les décisions qui apportent les gains les plus significatifs, à la fois sur les émissions et sur l'organisation logistique.
Un sujet carbone, mais aussi supply chain
Le transport amont ne doit pas être traité uniquement comme une ligne d'un bilan carbone. Il renseigne aussi sur la dépendance aux fournisseurs, la longueur des chaînes d'approvisionnement, la sensibilité aux coûts de transport et l'exposition à certains aléas.
Une meilleure connaissance de ces flux peut donc servir plusieurs objectifs : mesurer les émissions, améliorer le pilotage logistique, sécuriser certains approvisionnements et mieux dialoguer avec les fournisseurs. C'est l'objet de mon accompagnement sur le bilan carbone et l'analyse du transport amont.
En résumé
Le transport amont est souvent mal connu alors qu'il représente une part importante des émissions liées à l'activité d'une entreprise.
Avec des données fiables et quelques indicateurs simples, il devient possible de comprendre où se situent les principaux impacts et quelles actions méritent d'être engagées.
L'objectif n'est pas de produire un rapport supplémentaire, mais de disposer d'informations utiles pour prendre de meilleures décisions sur les achats, la logistique et la chaîne d'approvisionnement.
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